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À bord du Marion Dufresne

Le dimanche 9 février 2020, le Marion Dufresne, navire polyvalent des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), a quitté le port de Durban (Afrique du Sud), avec à son bord une trentaine de scientifiques embarqués pour une campagne de carottage : la mission ACCLIMATE-2.

Le Marion Dufresne au port de Durban (Afrique du Sud)
© Julien Didier

Portée par le laboratoire Géosciences marines de l’Ifremer et le laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement (CNRS-CEA-Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines), la mission ACCLIMATE-2 vise à mieux comprendre l’histoire climatique des océans Atlantique-sud et Austral, zone parmi les moins étudiées et les plus difficiles d’accès (40e rugissant et 50e hurlant).
L’objectif de cette campagne était de déchiffrer les causes et les effets des changements climatiques rapides enregistrés dans les sédiments marins et les glaces polaires, et d’identifier les éléments permettant de les simuler à l’aide de modèles climatiques. Pour cela, huit carottages de sédiments marins ont été réalisés. À bord du navire, la vie était très organisée, l’équipe multidisciplinaire (composée de 11 nationalités différentes) travaillait en quart-temps. Parmi elle, Julien Didier, assistant ingénieur au laboratoire Chrono-environnement (CNRS-Université de Franche-Comté), natif des Vosges, était responsable d’un instrument hautement technique, le Multi Sensor Core Logger (MSCL) qui sert à l’analyse multi-paramètres géophysiques des carottes sédimentaires (vitesse acoustique, densité, spectrophotométrie et magnétisme du sédiment).

Un mois d’une expérience enrichissante qu’il nous fait partager

"La journée commençait tôt : levé à 3 h 30 pour une première phase de travail de 4 h à 8 h. Nous étions 8 à travailler sur ce même créneau. Une partie des carottes était analysée en continu. En amont, une fois définie les zones adéquates pour le carottage, là où il y a un fort taux de sédimentation, un à trois carottages étaient réalisés : le Marion Dufresne a la capacité unique au monde de permettre le prélèvement, en une seule fois, de carottes géantes de sédiment marin.
Nous recevions donc des carottes longues de 50 à 60 mètres et prélevées à des profondeurs de 1 000 à 4 600 mètres. Ces carottes étaient d’abord coupées en section d’1,50 mètre ; il fallait ensuite les analyser au MSCL, les ouvrir, les nettoyer, les décrire, les photographier, puis les analyser à nouveau en demi-section. Après le traitement des données, les carottes étaient emballées et stockées en chambre froide. De ces sédiments extraits, les chercheurs étudient la taille des grains, la composition des éléments chimiques et les microfossiles d’organismes planctoniques (diatomées, foraminifères, coccolithophoridés…). Ces informations renseignent sur la provenance des masses d’eau qui ont parcouru la zone, sur les vitesses des courants de fond à différentes époques et sur l’évolution de la température des eaux de surface et de fond.
À 8 h, fin du premier quart, on prenait le petit-déjeuner avant d’aller se coucher jusqu’à 14 h. De 14 h à 16 h, repas en décalé, puis débutait une 2e phase de travail de 16 h à 20 h, l’heure du dîner. La soirée, conviviale, jeux de carte en main, ne se prolongeait guère après 23 h.

Contrairement à la première campagne ACCLIMATE de 2016, les conditions climatiques ont été globalement clémentes, donc propices au carottage. Il a fallu tout de même un petit temps d’adaptation à la vie et au travail en mer, et notamment à la houle permanente entre tangage et roulis. Certaines vagues atteignaient parfois le pont pendant que nous travaillions... Si nous n’avons croisé aucune terre durant cette mission, nous n’étions cependant pas seuls : de nombreuses espèces d’oiseaux nous ont accompagnés tout au long du voyage, des albatros, des gorfous, des pétrels… et des globicéphales aussi nous ont suivis un temps aux alentours du 50e hurlant.
L’occasion m’a également été donnée par les membres de l’équipage de visiter en détail le navire et de découvrir ses différentes fonctions. Au-delà du navire de recherche, avec ses 650 m² de laboratoires, son sondeur multifaisceaux et son carottier géant, le Marion Dufresne assure également le transport du personnel des bases vers les îles subantarctiques françaises, comme Crozet, Kerguelen, Amsterdam ou Saint-Paul. Quantité de matériels est apporté en containers, ainsi que du fuel pour les différentes stations. Il possède même un porte-hélicoptère !
Les premiers résultats de cette campagne confirment les données issues des précédentes missions et donc s’avèrent enthousiasmants. Ils montrent déjà que certaines carottes couvrent en détail les derniers 350 000 ans de variations climatiques de l’océan Austral.

En résumé, vivre en milieu confiné au sein d’une équipe qui partage un objectif commun, tenir un rythme soutenu dans une bonne ambiance de travail et se sentir impliqué dans la démarche scientifique fut une expérience unique, intense et constructive dont je suis fier."

Pour en savoir plus : http://acclimate2.cearc.fr
Contact : Julien Didier

Équipage complet de la mission Acclimate 2
© Jean-Paul Vandelrinden
Le carottier Calypso en action. Le câble descend à 1 m/s.
© Julien Didier
Le carottier tout juste sorti de l’eau… Grande concentration de foraminifères
© Julien Didier
Carotte de 60 mètres prélevée en 5 secondes
© Julien Didier
Nettoyage et conditionnement des carottes
© Julien Didier
La carotte est analysée au Multi Sensor Core Logger
© Dag-Inge Blinheim
Réception des donnés : vitesse acoustique, densité, spectrophotométrie et magnétisme du sédiment
© Dag-Inge Blinheim
La carotte de 60m de profondeur nous permet de remonter le temps jusqu’à 350 000 ans
© Dag-Inge Blinheim
Quart temps 4h-8h : un travail intense dans une bonne ambiance
© Jean-Paul Vandelrinden

publié le