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30 août 2012

Un grand industriel bisontin a reçu de Chine 100 000 boites à bijoux contaminées ! 30 août 2012

publié le , mis à jour le

En 2009, la livraison de 100 000 boites à bijoux fabriquées en Chine a engendré des problèmes sanitaires. Des tâches noires à la surface et sur le tissu recouvrant l’intérieur des boites évoquaient la présence de moisissures. Devant cette contamination, les ouvriers refusèrent de manipuler les boites à bijoux avant analyse. Pour débloquer la situation, l’industriel fit appel à l’équipe de Parasitologie-Mycologie de l’UMR Chrono-environnement.

A ce stade, trois solutions furent envisagées :
- nettoyer à la main les 100 000 boites à bijoux
- les retourner au fabricant
- détruire les 100 000 boites

La moisissure Aspergillus oryzae fut identifiée par analyse macroscopique et microscopique après culture sur milieu spécifique d’écouvillonnages des surfaces externes et internes de 9 boites à bijoux. Toutes les cultures étaient pures et abondantes.
Aspergillus oryzae est une moisissure utilisée comme ferment dans la cuisine asiatique et est très rarement pathogène. Cependant, cette moisissure est très proche morphologiquement d’Aspergillus flavus (Fig 2), dont la toxicité des métabolites secondaires, aflatoxines, est reconnue, notamment pour ses pouvoirs cancérogènes.
Aussi était-il impératif de confirmer, sans l’ombre d’un doute, l’absence d’Aspergillus flavus dans les boites à bijoux analysées, afin d’exclure tout risque sanitaire.
Du fait de la ressemblance d’Aspergillus oryzae et d’Aspergillus flavus, aussi bien sur le plan morphologique que génotypique, les techniques de biologie moléculaire (séquençage de l’ADN) ne permettaient pas la différenciation.

Avec l’aide du Centre d’Energie Atomique de Saclay (Marcel Delaforge et Anaïs Roussel) on a pu rechercher dans les prélèvements la présence d’aflatoxines par chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse (HPLC-MS). Le tissu d’une des boites à bijoux contaminées fut analysé par spectro-chromatographie et cela a permis d’exclure la présence des 5 aflatoxines les plus toxiques produites par A. flavus. En revanche, l’analyse des 35 métabolites secondaires produits par la souche d’A. oryzae isolée des boites à bijoux a permis d’identifier 10 mycotoxines peu connues.
L’effet sur la santé de ces 10 mycotoxines n’est pas répertorié.

Sur les conseils de l’équipe de Parasitologie-Mycologie, la décision de l’industriel fut de détruire le lot des 100 000 boites à bijoux du fait de l’incertitude de l’innocuité de ces 10 mycotoxines identifiées, du risque encouru lors du retour éventuel au fournisseur pendant le transport et lors d’un re-traitement sur place sans toutes les précautions nécessaires, enfin, parce que le fabricant chinois a proposé de renvoyer gratuitement un nouveau lot d’écrins.

L’absence de traitement mis en question

Le diméthyl fumarate (DMFu) est un biocide qui a été utilisé pour protéger des articles (mobilier, vêtements, chaussures) de l’apparition de moisissures pendant leur transport et leur stockage. Des produits contenant du DMFu ont été identifiés comme causant des dermatites sévères pouvant nécessiter une hospitalisation. Depuis, des restrictions temporaires concernant l’utilisation du DMFu ont été décidées au niveau Européen (Décision de la Commission2010/153/EU) et la France a proposé de rendre cette interdiction permanente dans le cadre du règlement REACH.
L’absence de traitement par biocides des articles importés pourrait avoir comme conséquence l’augmentation de matériel arrivant moisi et pouvant induire un risque sanitaire difficile à évaluer.


Fig.1. Exemple de boites à bijoux contaminées


Fig. 2. Culture sur milieu spécifique (DG18) de souches de référence d’Aspergillus flavus et d’Aspergillus oryzae.

Article
Jewelry boxes contaminated by Aspergillus oryzae : an occupational health risk ?
AP Bellanger, A Roussel, L Millon, M Delaforge, G Reboux.
J Occupational Environnmental Hygiene, 2012, 9(7), 460-6.