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L’histoire génomique de l’Europe du Sud-Est

L’article "L’histoire génomique de l’Europe du Sud-Est" est paru dans la revue Nature le 21 février 2018. Christophe Cupillard, docteur en Préhistoire, a pu analysé l’échantillon d’un fragment de mandibule appartenant à un enfant de sexe masculin qu’une datation directe place vers 13000 cal BP soit pendant la période épipaléolithique.

Mandibule en vue occlusale
Mandibule en vue occlusale
Cosimo Posth

Ce reste humain a été découvert par André Thévenin en 1970 dans la couche A’ de l’abri de Rochedane à Villars-sous-Dampjoux (Doubs) et son étude génétique a été réalisé par Cosimo Posth (Max Planck Institut for sciences of Human History, Jena, Allemagne).

Dans cette étude sur l’ADN publiée dans la revue Nature, des scientifiques et des archéologues de plus de 80 institutions, lèvent le voile sur l’histoire génomique de l’Europe du Sud-Est, région jusqu’ici peu analysée à partir de squelettes humains. C’est la deuxième plus grande étude d’ADN ancien jamais rapportée (la première et la plus importante, publiée également dans Nature, par plusieurs des mêmes auteurs, concerne la préhistoire de l’Europe du Nord-Ouest).

Il y a environ 8500 ans, l’agriculture s’est répandue en Europe depuis le sud-est, accompagnée d’un mouvement de population depuis l’Anatolie. Cette étude rapporte des données provenant des génomes de 225 humains qui vivaient avant et après cette transition ; elle documente l’interaction et le mélange de ces deux groupes génétiquement différents.
"L’Europe du Sud-Est était la tête de pont dans la propagation de l’agriculture de l’Anatolie en Europe. Cette étude est la première à fournir une riche caractérisation génétique de ce processus en montrant comment la population indigène a interagi avec les nouveaux immigrants asiatiques à ce moment extraordinaire du passé », explique Songül Alpaslan-Roodenberg, anthropologue-consultant à la Harvard Medical School, qui a identifié et échantillonné de nombreux squelettes.

"Dans certains endroits, les chasseurs-cueilleurs et les agriculteurs entrant semblent s’être mélangés très rapidement",

explique le premier auteur, Iain Mathieson, généticien à l’Université de Pennsylvanie, "mais les deux groupes sont restés isolés, au moins pendant les premières centaines d’années. Ces chasseurs-cueilleurs vivaient là depuis des milliers d’années, et cela a dû être un choc d’avoir ces nouvelles personnes avec un style de vie et une apparence complètement différents."

"Trois mille ans plus tard, ils étaient complètement mélangés",

poursuit David Reich de la Harvard Medical School, au Broad Institute du MIT et à Harvard et à l’Howard Hughes Medical Institute qui a codirigé l’étude.

"Certaines populations tiraient jusqu’à un quart de leurs ancêtres des chasseurs-cueilleurs." Dans d’autres parties de l’Europe, ce mélange était marqué par des préjugés sexuels, la plupart des ancêtres chasseurs-cueilleurs étant des hommes. Mais dans le sud-est, le modèle était différent. "Cela montre que le mode d’interaction, entre les deux groupes, était différent selon les endroits, quelque chose que nous devons essayer de comprendre dans le contexte de la preuve archéologique", a ajouté Iain Mathieson.

publié le , mis à jour le