Une étude publiée dans la revue PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences) montre que les forêts d’Europe du Nord des Alpes ont été très exploitées durant l’Antiquité, surtout pendant la période romaine (Iᵉʳ siècle av. J.-C. – Vᵉ siècle apr. J.-C.). Pour cette étude, une équipe de recherche internationale, a analysé plus de 20 000 objets en bois datés avec précision, trouvés en France, Allemagne, Suisse, Autriche, Belgique, Luxembourg et aux Pays-Bas. Le laboratoire Chrono-environnement, en collaboration avec le bureau d’étude CEDRE a fourni à l’étude les données de plus de 3 000 arbres datés de la période.
Les données révèlent que les forêts étaient déjà très utilisées avant les Romains, mais que, durant l’occupation romaine, on exploitait plutôt des arbres assez âgés. Les chercheurs pensent que cela est dû au développement des routes et du transport, qui a permis d’accéder à des forêts auparavant trop éloignées.
À partir du IIIᵉ siècle, l’âge moyen des arbres utilisés baisse nettement, ce qui pourrait indiquer une surexploitation locale. Cette période coïncide aussi avec des crises politiques dans l’Empire et avec un ralentissement du commerce du bois.
Pour la fin de l’Antiquité, les données sont plus rares, mais l’étude montre que des arbres très vieux, abattus au début du Moyen Âge, avaient germé pendant cette période. Cela suggère que les forêts aient pu se régénérer à ce moment-là.
En résumé, l’étude met en évidence l’impact important de l’activité humaine sur les forêts durant l’Antiquité et offre de nouvelles connaissances sur la manière dont les sociétés romaines ont transformé l’environnement.
Ces résultats font écho à large échelle à ce qu’avaient pu observer François Blondel et Olivier Girardclos, à Augustonemetum (Clermont-Ferrand, Puy-de-Dôme) (Blondel et Girardclos 2018) et pour l’approvisionnement en chêne de construction du site de Biesheim-Oedenburg (Alsace) (Girardclos et Petit 2010). La forêt déjà exploitée au premier Âge du fer l’est plus intensément au moment de l’installation des armées romaines sur le Limes. L’âge des chênes abattus augmente progressivement, puis il chute à partir d’environ 120-130 ap. J.-C. signant très probablement la transformation des écosystèmes forestiers locaux, sous l’action d’une récolte plus intense, qui ne serait pas totalement compensée par la production des arbres.
B. Muigg, K. Haneca, W. Tegel, M. Grünewald, V. Bernard, N. Bleicher, F. Blondel, M. Bolliger, M. Broich, Y. Couturier, S. van Daalen, M. Domínguez-Delmás, O. Girardclos, F. Herzig, F. Langenegger, Y. Le Digol, O. Nelle, K. Nicolussi, M. Oberhänsli, C. Perrault, A. Rzepecki, Y. Vorst, J. Weidemüller, T. Westphal, & A. Seim, Woodlands of Antiquity: A millennium of dendrochronological data on forest exploitation and timber economy between the Alps and the Atlantic, Proc. Natl. Acad. Sci. U.S.A. 122 (48) e2516240122, (2025).