ACTUALITES

 

Alaska : une mission archéologique au cœur de la toundra

2 octobre 2026 | Actualités, Campagne de terrain, GT Pôles, SOPAST

Alors que les conséquences du réchauffement climatique se sont une nouvelle fois faites sentir cet été, ses effets menacent également, à l’autre bout du monde, des sites archéologiques. À la demande de la communauté Cupi’k de Chevak, plusieurs archéologues du laboratoire Chrono-environnement ont passé quatre semaines sur le site de Qavinaaq, un village pré-inuit aujourd’hui menacé par l’érosion. Face à l’urgence, cette première mission visait à documenter les vestiges de ce site avant qu’ils ne disparaissent.

Récit de fouilles

C’est à 1­h­30 en bateau du village de Chevak et à 8 000 km de leur laboratoire bisontin, que Claire Houmard, Quentin Verriez, Céline Maicher, Margot Martinet et Aliona Troubnikoff ont planté leur quatre tentes, construit une cabane, un abri et une place à feu. Ils ont vécu pendant quatre semaines sur ce campement spartiate au cœur de la toundra, sans eau ni électricité, entourés d’oiseaux et de moustiques. L’équipe s’est adaptée aux conditions météorologiques et aux horaires des marées pour documenter le site pré-contact (XIIIᵉ–XVIIIᵉ siècles) de Qavinaaq. Une mission menée dans l’urgence, avant que l’érosion ne fasse disparaître les derniers vestiges du site.

Portée par une initiative de la communauté Cupi’k de Chevak et soutenue par le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, la Villa Albertine et la Fondation ENGIE, le laboratoire Chrono-environnement et la MSHE C.-N. Ledoux, cette première campagne de terrain poursuivait un double objectif : collecter dans le lit de la rivière les objets archéologiques arrachés par le courant du fleuve et documenter les vestiges encore en place. Une mission menée au rythme des marées, dans la vase et sous la pluie. Ici, pas de journée type : il fallait sans cesse composer avec les conditions du terrain et saisir les quelques heures permettant de travailler à marée basse, seulement en période de pleine lune ou de nouvelle lune pour avoir des coefficients de marée suffisants.

Les premières pistes de reconstitution de l’histoire de Qavinaaq

Les artefacts déposés au pied du site dans le fleuve racontent déjà une partie de l’histoire de Qavinaaq. Comparés aux plans établis lors de prospections menées par Ziff et al. en 1982, les relevés actuels montrent que trois maisons ont depuis disparu, emportées par l’érosion. Dans la rivière Qissunaq, le groupe a ainsi retrouvé de nombreux objets : fragments de bois de caribou, ossements, têtes de harpon en bois de caribou, aiguilles en os ou encore petites statuettes en bois représentant des visages peints, appelées dolls. La vase alluviale a permis leur remarquable conservation, mais leur déplacement par le fleuve a fait disparaître une grande partie des informations qui les accompagnaient. Sans leur contexte archéologique, il devient difficile de les relier directement à l’histoire du site.
Pour retrouver ce contexte (fonction, âge, culture, etc.), les archéologues se sont intéressés aux vestiges encore visible depuis la berge elle-même. En redressant la coupe sur une centaine de mètres, ils ont mis en évidence plusieurs couches d’occupation superposées, appartenant vraisemblablement à une même habitation. Les premières observations suggèrent notamment que Qavinaaq pourrait avoir été occupé durant la saison estivale, lorsque ses habitants y pratiquaient la pêche, la cueillette et la chasse au caribou. Mais le site est encore loin d’avoir livré tous ses secrets : plusieurs campagnes de terrain seront nécessaires pour comprendre son organisation et reconstituer plus précisément la vie de ses anciens habitants.

Sauver les vestiges, préserver une identité

À Qavinaaq, le travail archéologique ne consiste pas seulement à sauver des objets de l’érosion. Il s’agit aussi de documenter les traces d’une histoire qui risque, avec la disparition progressive du site, de devenir plus difficile à raconter. Cette dimension est d’autant plus importante que la campagne est née d’une initiative de la communauté Cupi’k de Chevak elle-même. Pour les habitants, sauver les vestiges matériels de Qavinaaq revient ainsi à préserver une part de leur patrimoine et de leur histoire.
Dans un contexte de transformations culturelles profondes et d’influence croissante de la culture américaine occidentale, la préservation de ce patrimoine natif constitue un enjeu important pour la communauté. Les vestiges archéologiques ne sont pas seulement les témoins d’un passé lointain : ils participent aussi à la transmission d’une histoire et d’une identité. En documentant aujourd’hui ce que le fleuve menace d’emporter demain, les archéologues contribuent ainsi, aux côtés de la communauté de Chevak, à laisser des témoignages directs pour les générations futures.

Cette campagne initiale constitue donc une première étape. Entre les objets recueillis dans le lit de la rivière et les niveaux d’occupation révélées dans la coupe le long de la berge, Qavinaaq commence à livrer les premiers jalons de son histoire. Mais face à l’érosion qui affecte le site un peu plus chaque année, le temps est compté : il faudra poursuivre les recherches pour comprendre l’évolution de ce village et documenter ce qui peut encore l’être avant que le fleuve n’emporte définitivement ces dernières traces.

Une précédente campagne de fouilles a fait l’objet d’un ouvrage :
FAUVE C. et HOUMARD C. (2025). Alaska – L’usure du monde. Paris : Le Seuil.

Prochains événements ▼
05 Oct 2026 13h00 - 14h00
16 Oct 2026 14h00 - 17h00
05 Nov 2026 14h00 - 17h00
10 Déc 2026 9h30 - 17h30
18 Déc 2026 9h30 - 12h30

Photo 1 : Vue sur la berge du site archéologique de Qavinaaq, menacée par l’érosion du Yukon. ©ATroubnikoff
Photo 2 : Village de Chevak, communauté Cupi’k. ©ATroubnikoff

Crédit du bandeau : Campement au cœur de la toundra alaskienne, à proximité du site de Qavinaaq. ©ATroubnikoff
Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles.