Après un baccalauréat scientifique, Cécile Remy débute par une licence en sciences de la vie à l’université de Nancy. Sans être la première de sa promotion, elle poursuit néanmoins, portée par l’envie de comprendre et d’explorer. C’est en master Biologie et écologie pour la Forêt, l’Agronomie et l’Environnement qu’elle trouve réellement sa voie, grâce à une approche plus appliquée, en lien avec les écosystèmes forestiers et agricoles.
Comprendre le passé pour éclairer les forêts d’aujourd’hui
Elle enchaîne alors avec un doctorat en paléoécologie, en cotutelle entre Montpellier et le Québec, consacré à l’étude des interactions passées entre climat, feux et végétations. Après un premier postdoctorat en France, elle s’oriente progressivement vers la modélisation, puis repart à l’étranger, aux États-Unis, pour étudier les impacts futurs du changement climatique sur les forêts. De retour en Europe, après quelques années dans un laboratoire en Allemagne où elle développe son propre sujet de recherche, elle rejoint Chrono-environnement, à Besançon, sur le projet de recherche RETROPEST, combinant paléoécologie et modélisation.
Comment imagines-tu ton métier futur ?
Je me projette clairement dans la recherche, même si cela implique encore des contrats précaires et de passer des concours, comme ceux du CNRS ou de maître de conférences. C’est une réalité du métier : on passe beaucoup de concours avant d’obtenir un poste stable quelques soit son genre.
As-tu rencontré des obstacles au cours de ton cursus ?
Oui, j’ai rencontré des obstacles, et ils ont clairement été liés au genre. On m’a déjà dit de ne pas avoir d’enfant tout de suite, ou d’y penser après l’obtention d’un poste stable. Plus largement, il y a cette idée qu’il vaudrait mieux ne pas construire une vie de famille, ne pas créer d’attaches, tant qu’on enchaîne les postdoctorats. Pour ma part, j’ai eu la chance que mon compagnon me suive pendant mes différents contrats à l’étranger.
Trouver sa place et faire changer les mentalités
Dans le milieu de la foresterie, il y a aussi historiquement peu de femmes. Cela évolue, et je le vois clairement : il y a dix ans, les blagues misogynes étaient beaucoup plus fréquentes et plus tolérées qu’aujourd’hui. Enfin dans le milieu de la recherche, il arrive aussi, notamment en colloque, d’être prise pour l’étudiante d’un professeur, et non pour la chercheuse elle-même !
Un conseil à une jeune fille qui hésite à se lancer dans les sciences
Pourquoi hésiterait-elle ? On évoque souvent la longueur des études, mais ce frein semble beaucoup moins présent chez les hommes. Les études montrent d’ailleurs que les femmes ressentent davantage le besoin d’entrer rapidement dans la vie active, de se stabiliser plus tôt, ce qui peut expliquer certaines hésitations. Mon premier conseil serait donc simple : faire ce que l’on aime. C’est essentiel. Et surtout, il faut savoir que faire de la recherche n’empêche pas d’avoir des projets personnels. Aujourd’hui à Besançon, demain ailleurs, on ne sait pas à l’avance où l’on sera dans six mois. Bien que cette mobilité puisse parfois être source de stress, cela ne devrait ni entraver la vie personnelle des femmes ni celles des hommes. Faire ce que l’on aime aide à surmonter facilement les obstacles.