Du 27 au 29 avril 2026, les 22es Journées scientifiques du Comité National Français des Recherches Arctiques et Antarctiques (CNFRAA) ont rassemblé à Besançon, les chercheurs et chercheuses travaillant sur les régions polaires. À cette occasion, Aliona Troubnikoff, étudiante en M2 ASA et rattachée au laboratoire Chrono-environnement, a reçu le prix Claude Lorius – Coup de coeur du jury pour sa présentation intitulée : Du geste à l’espace : travail des peaux et grattoirs en Arctique préhistorique.
Un travail de recherche sur les grattoirs arctiques
Elle y a présenté les premiers résultats de son mémoire : Travail des peaux et grattoirs en milieu arctique : de leur répartition spatiale aux choix culturels, qui vise à étudier la distribution des différentes formes de grattoirs afin de les comparer et d’explorer les liens entre les populations pré-inuites et inuites sur le temps long.
L’étude de ces outils constitue un défi méthodologique important. Le corpus analysé comprend près de 2 000 objets répartis sur environ 150 sites, de l’Alaska au Groenland. Cette large dispersion géographique s’accompagne d’une forte variabilité morphologique, révélant à la fois une diversité de formes et des choix techniques liés à la composition des grattoirs et à l’exploitation des matières premières en contexte arctique.
Afin de structurer et d’exploiter ces données, une base de données relationnelle a été constituée, permettant de renseigner de manière fine les caractéristiques de chaque artefact. Ce travail de normalisation constitue une étape essentielle pour engager des analyses comparatives et mettre en évidence des régularités. Il ouvre la voie à des interprétations fondées sur des approches statistiques et probabilistes, visant à mieux comprendre les traditions techniques et les dynamiques culturelles.
Les résultats de cette recherche seront présentés le 5 juin, lors de la soutenance collective des masters 2 ASA, et permettront de formuler des hypothèses sur les relations entre les populations pré-inuites et inuites.
Des recherches en écho aux enjeux des mondes polaires
Au-delà de cette étude, ces travaux s’inscrivent dans une réflexion plus large portée par la thématique 2026 des Journées scientifiques du CNFRAA, Mondes polaires, mondes vulnérables ? Celle-ci invite à interroger la fragilité des environnements, des sociétés et des institutions polaires dans un contexte de bouleversements climatiques et géopolitiques. En croisant les approches des sciences de la vie, des sciences de la Terre et des sciences humaines et sociales, elle souligne la nécessité d’analyses interdisciplinaires pour mieux comprendre les dynamiques à l’œuvre et les capacités d’adaptation de ces territoires.
Ces questionnements font directement écho aux recherches menées au laboratoire Chrono-environnement, qui s’attache à analyser, sur le temps long, les interactions entre sociétés et milieux. En archéologie, l’étude des adaptations passées aux contraintes environnementales permet d’éclairer les formes de résilience développées par les populations humaines, offrant ainsi un regard essentiel pour appréhender les vulnérabilités contemporaines des mondes polaires. Le prix Claude Lorius, qui s’accompagne d’une dotation de 100 euros destinée à l’acquisition d’ouvrages scientifiques, constitue à la fois une reconnaissance du travail accompli et un encouragement pour la poursuite du parcours de la lauréate.